Opium

Magali Milian & Romuald Luydlin & La Zampa

2014-2016 Danse contemporaine
© Sandy Korzekwa

« « Le peuple » comme unité, identité, totalité ou généralité, cela n’existe tout simplement pas… car il n’y a finalement que des peuples coexistants. » — George Didi-Huberman « Qu’est-ce qu’un peuple ? »

Fondamental et vide de sens, ce peuple s’est imposé à nous comme une unité vaine mais pourtant toujours recherchée.
Nous sommes chorégraphes, et pour ce projet nous avons réuni une équipe ayant des pratiques différentes, car le sujet réclame plusieurs entrées. Opium est pensé comme un géographie du désert (cf Hannah Arendt « Qu’est ce que la politique ? ») et ce désert n’est pas stérile, il produit des formes, des mots.

Nous avons donc choisi l’accumulation* comme figure de style.
Cette sensation est le moteur d’Opium.

​Associés au Théâtre de Nîmes sur les saisons 2014/2015 et 2015/2016, nous avons alors pu articuler ce projet en différentes étapes. 

*Accumulation : Des matériaux de même nature, d’une même filiation qui se juxtaposent sans aucun autre lien. L’accumulation traduit une impression de désordre, de chaos, de foisonnement (elle ne permet ni progression, ni construction de sens).


Une approche photographique et journalistique
​Première étape avec le reporter Julien Cernobori et les photographes Anya Tikhomirova et Soraya Hocine autour des notions Oasis et Désert empruntés à Hannah Arendt :

« (..) La perte croissante du monde, la disparition de l’entre deux.
Il s’agit là de l’extension du désert, et le désert est le monde dans les conditions duquel nous nous mouvons (…).
Le danger consiste en ce que nous devenions de véritables habitants du désert et que nous nous sentions bien chez lui. » Hannah Arendt, Qu’est ce que la politique ?


L’enjeu était de réaliser un abécédaire de matériaux (interviews et photos), un instantané de ces mondes, toujours à mi-chemin entre aridité et étrange rémission.
Nous sommes allés à la rencontre de différents mondes et de différents corps : La Pension de famille Lumière et Vie (Nîmes), Quartier Libre (Nîmes), le Collège Condorcet (Nîmes), le Centre Français de Tauromachie (Nîmes), Légion Etrangère (Aubagne), le Centre Hospitalier François Tosquelles (Saint Alban sur Limagnole), mais aussi les plateaux de la Lozère, Paris, Rouen etc…

Essais, écritures provisoires, expositions
C’est à partir de ces interviews et de ces visuels que l’écriture s’est développée, transposée.
Des essais, des écritures provisoires créent des liens intuitifs entre ces différents matériaux et différents contextes

La pièce
Penser le groupe comme un fragment, une fraction, une accumulation.
​Nous souhaitions la construction de cette pièce comme un mobile. Chaque élément d’un mobile semble dissocié. L’ ensemble s’articule et n’ apparaît que lorsque ces éléments se croisent sous nos yeux.
Une danse, un chant, une histoire, des éléments qui restent dissociés telle une accumulation* de comportements, tous tenus par cette étrange conscience entre joyeuse désinvolture et légitime violence.

La place de la musique
La musique occupe une grande place dans notre démarche. Dans Opium, elle permet de mettre en perspective deux faces d’une même pièce : les morceaux de Nina Simone revisités dans une puissance corrosive trouvent leur juste place face à la banalité du pire énoncé par Hannah Arendt.
Une caisse de résonance toujours en expansion.
Elle projette tour à tour des figures qui, entre menace et résignation, cherchent leur paradigme.
Un équilibre imparfait est à l’oeuvre. Opium est une marche sans fin, une fumée trouble et constante. Elle opère et emporte avec elle nos corps et nos pensées.

 

Crédits
Chorégraphie : Magali Milian et Romuald Luydlin
Avec la collaboration de : Laurent Benard, Benjamin Chaval, Sophie Lequenne, Valérie Leroux, Romuald Luydlin, Corine Milian, Magali Milian, Manusound, Lucie Patarozzi, Denis Rateau, Marc Sens, Anna Vanneau

Production
Producteurs : La Zampa
Coproduction : Théâtre de Nîmes scène conventionnée pour la danse contemporaine, CDC Toulouse Midi-Pyrénées, Scènes Croisées Scène conventionnée de Lozère, Théâtre de L’Archipel Scène nationale de Perpignan, CCNO Orléans Josef Nadj et ICI-CCN Montpellier Occitanie/Pyrénées Méditerranée Direction Christian Rizzo dans le cadre de l’Accueil-studio.
Accueil en résidence : Le Toboggan-Décines, Fabrik-Potsdam, Collège Condorcet-Nîmes, Le ZO-Nîmes, Centre hospitalier François Tosquelles-Saint Alban, L’Odéon-Théâtre de Nîmes.
Avec le soutien de : l’Adami, société des artistes-interprètes et de l’Institut Français (Bureau du Théâtre et de la Danse – Berlin).
La Zampa est subventionnée par la Direction Régionale des Affaires Culturelles Occitanie / Pyrénées-Méditerranée au titre de l’Aide aux compagnies conventionnées, par la Région Occitanie / Pyrénées-Méditerranée et par le Département du Gard.