
Étape préparatoire – Le point zéro ©Ilyan Gomez
Artiste danseuse depuis près de quinze ans, je collabore aujourd’hui avec Christian Rizzo (à l’ombre d’un vaste détail, hors tempête – 2025), la compagnie La Zampa (Empire – 2025 et Ceinture de Feu – 2026), Youness Aboulakoul (Ayta – 2024) et Nefeli Asteriou (Tear – 2026).
Il y a huit ans, lors du tournage du film Benedetta de Paul Verhoeven et après la rencontre, la même année, du Super 8, marquent un véritable tournant s’opère dans ma carrière artistique, jusqu’alors essentiellement chorégraphique.
Je ne cesse depuis d’explorer les zones de contact possibles entre danse et cinéma.
Ces zones sont des espaces que je déplie, que je questionne, et qui créent chez moi un moteur à la création. Je les considère comme des lieux de pensée, de mouvement et d’objets et constituent mon identité artistique, politique et intime.

Tournage Le point zéro : ensemble 3 ©Joseph Kraft

Création La belle humeur [ La Zampa ] ©Pierre Ricci

Création Empire [ La Zampa ] | CCN de Montpellier
Que ce soit en art visuel ou en danse, ce qui m’inspire est intrinsèquement lié à notre époque ; tout en observant mes racines, je tente de prendre le pouls de ce qui m’entoure pour y déployer mes propres zones de créativité.
En partant de ce postulat, les sujets dansants et/ou personnages de mes films ne sont jamais isolé·es, ils et elles s’inscrivent dans la tentative de faire résonner leur histoire sur une échelle plus collective. Je réalise mes travaux en les pensant comme une fresque contemporaine, traversée par différents courants artistiques et genres cinématographiques, juxtaposant des couches de récits souterrains.
Mon rapport au territoire et aux éléments a été complètement chamboulé lorsque durant deux années, j’ai eu l’opportunité de participer à quatre tournées artistiques en voilier. Depuis, il m’est apparu impossible de dissocier une œuvre artistique de l’environnement — réel, fictif ou fantasmé — qui la constitue. Le cadre, le contexte territorial et ce que cela sous-tend d’imaginaires, de cultures et de relations aux vivants, sont devenus un des axes majeurs de mes attentions.

Festina Lente | Port de Licata, Sicile ©Aurélie Lemoine

Soeur [ Compagnie Roselend ] © Yves Heudès
Je réfléchis mes travaux dans l’idée qu’un objet artistique doit définir son propre territoire et instituer ses propres lois, lesquelles ne sauraient être limitées aux normes narratives, esthétiques, morales ou politiques dominantes. C’est dans cette ligne de pensée que j’ai développé le projet du corpus Le point zéro incluant quatre courts-métrages, en collaboration avec le géologue Baptiste Lepillier et la compagnie de danse contemporaine conventionnée La Zampa.
Conjointement, mon travail prend racine dans la tension insufflée par une disparité : entre le documentaire et la fiction, le figuratif et l’abstrait, le cinéma et la danse contemporaine, le récit et le concept, le collectif et l’autarcie… Je m’attache ainsi à développer des narrations à la lisière de mondes distincts, d’ouvrir une cohabitation, afin d’inviter l’étrange dans mes réalisations. Comme une incitation à se laisser glisser dans un espace fait de frictions, ouvrant l’accès à de nouveaux récits, dessinant les contours d’une mythologie contemporaine qui me serait propre.